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Entretien avec Laurent Perron, Météo-France, Ingénieur général des ponts, eaux et forêts
Directeur interrégional sud-ouest

En quelques mots, pouvez-vous nous présenter Météo-France et ses missions au service des territoires et des collectivités ?

Météo-France est le service météorologique et climatique national français. Établissement public de l’État, il a pour mission de surveiller l’atmosphère, prévoir les phénomènes météorologiques et climatiques, et fournir aux acteurs publics les informations nécessaires pour anticiper les risques et s’adapter au changement climatique.

Météo-France accompagne les territoires dans leurs politiques d’aménagement et d’adaptation en mettant à disposition des données climatiques, des études prospectives et des outils d’aide à la décision. Son expertise permet notamment d’éclairer les démarches de Plan Climat-Air-Énergie Territorial (PCAET).

Comment Météo France accompagne concrètement les collectivités ?

Pour répondre aux enjeux d’adaptation et de transition des territoires, Météo-France met à disposition des collectivités des outils et expertises portant notamment sur les îlots de chaleur urbains, la comparaison de scénarios d’adaptation, l’anticipation des risques climatiques et le pilotage des systèmes énergétiques.

Mieux comprendre et combattre les îlots de chaleur urbains

Face à la multiplication des épisodes caniculaires, la lutte contre les îlots de chaleur urbains (ICU) est devenue un enjeu majeur pour les territoires. Pour y répondre, Météo-France a développé le service Climadiag Chaleur en ville, qui permet de caractériser la surchauffe urbaine à une échelle très fine, grâce à une modélisation pouvant atteindre 100 mètres de résolution.

L’objectif est double : identifier les secteurs les plus exposés aujourd’hui et anticiper leur évolution future aux horizons 2030, 2050 et 2100 en s’appuyant sur la Trajectoire de Réchauffement de Référence pour l’Adaptation au Changement Climatique (TRACC).

Les collectivités peuvent ainsi disposer de cartographies précises des températures nocturnes et du confort thermique ressenti par les habitants. À Toulouse, les travaux de Météo-France montrent qu’après une journée estivale fortement ensoleillée, l’intensité de l’îlot de chaleur urbain peut atteindre jusqu’à 4 °C entre certains quartiers urbains et les zones rurales voisines.

ICU MApUCE v2025 2 Toulouse 1

Mais l’intérêt principal de ces études réside dans leur capacité à tester l’efficacité de différents scénarios d’adaptation. Végétalisation, désimperméabilisation des sols, éclaircissement des surfaces urbaines ou encore modification des matériaux peuvent être simulés avant leur mise en œuvre afin d’en mesurer les bénéfices potentiels.

Les expérimentations conduites par Météo-France montrent d’ailleurs que les solutions les plus efficaces reposent généralement sur une combinaison de plusieurs leviers. Par exemple, un scénario associant végétalisation, désimperméabilisation et éclaircissement des surfaces permet de réduire fortement l’intensité de l’îlot de chaleur urbain et l’exposition des habitants aux fortes chaleurs.

Aujourd’hui, ces études ne concernent plus uniquement les grandes métropoles. Si Toulouse ou Montpellier ont été parmi les premières collectivités à s’en emparer, les vagues de chaleur des dernières années ont également conduit de nombreuses villes moyennes et petites communes à s’intéresser à ces outils d’aide à la décision.

Accompagner la transition énergétique

L’expertise de Météo-France s’étend également au domaine de l’énergie, où les données météorologiques et climatiques jouent un rôle essentiel dans le développement des énergies renouvelables et le pilotage des systèmes énergétiques. Elles contribuent à améliorer l’équilibre entre production et consommation d’énergie tout en renforçant la sécurité et la résilience des installations.

Au quotidien, Météo-France met son expertise au service des énergéticiens pour les aider à anticiper les variations de la demande, optimiser la fourniture ainsi que la distribution et le transport d’électricité ou de gaz. Son intervention couvre également l’ensemble du cycle de vie des projets d’énergies renouvelables : études préalables à l’implantation de parcs éoliens ou photovoltaïques, évaluation du potentiel de production, prévisions opérationnelles et anticipation des aléas météorologiques susceptibles d’affecter les installations (gel, foudre, vents violents, etc.).

Face aux défis du changement climatique, Météo-France soutient par ailleurs les acteurs de la filière dans leurs démarches d’adaptation. Cet accompagnement repose sur la mise à disposition de données climatiques de référence actualisées selon la TRACC (Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique), l’analyse de la météo-sensibilité des systèmes énergétiques et la réalisation d’études spécifiques adaptées aux besoins des différents secteurs.

Ainsi, les services proposés couvrent notamment :

  • l’évaluation du potentiel de production solaire et éolienne ;
  • l’aide à la décision pour l’implantation de nouvelles installations ;
  • la prévision des capacités de production des parcs renouvelables ;
  • l’anticipation des risques météorologiques susceptibles d’affecter les infrastructures énergétiques ;
  • l’appui à l’élaboration et à la mise en œuvre de stratégies d’adaptation au changement climatique

Des prévisions pour mieux gérer les risques et les services urbains

Au-delà des enjeux climatiques de long terme, les collectivités peuvent également s’appuyer sur les prévisions opérationnelles de Météo-France pour adapter leurs services au quotidien.
Les prévisions de précipitations constituent par exemple une aide importante à la gestion des eaux pluviales. Elles permettent d’anticiper les épisodes intenses, de limiter les risques de débordement des réseaux, d’adapter les dispositifs de stockage ou de gérer les situations de mélange entre eaux pluviales et eaux usées.

Les collectivités peuvent également mobiliser les prévisions de foudre afin de sécuriser certains équipements ou événements exposés et d’informer les populations concernées.

Les prévisions de température sont également utilisées pour ajuster le fonctionnement des réseaux de chauffage urbain ou, à l’inverse, des équipements destinés au rafraîchissement des espaces et bâtiments publics.

Enfin, l’anticipation des périodes de gel et des épisodes de grand froid permet d’organiser les services publics, de protéger certains équipements sensibles et de mieux informer les habitants sur les précautions à prendre.

Auriez-vous un retour d’expérience à nous partager pour illustrer cet accompagnement ?

À Toulouse Métropole, l’accompagnement de Météo-France a contribué au développement d’un dispositif innovant de suivi des îlots de chaleur urbains. Grâce à un réseau d’une cinquantaine de stations météorologiques, les données collectées permettent de cartographier en temps réel les zones les plus exposées à la chaleur. Cette connaissance fine du territoire aide la collectivité à orienter ses actions d’adaptation, telles que la végétalisation, l’aménagement d’espaces de fraîcheur ou la protection des populations vulnérables lors des épisodes caniculaires. Ce partenariat a également permis d’aller plus loin grâce à une étude de modélisation scientifique inédite réalisée par Météo-France, venant compléter le dispositif de suivi par une approche prospective.

S’appuyant sur les enseignements de cette étude, la Ville de Toulouse a engagé la démarche « Toulouse + fraîche, Cap 2050 », qui définit sa stratégie d’adaptation face à la surchauffe urbaine. Alignée sur le référentiel Plus fraîche ma ville, cette démarche a été élaborée avec des équipes pluridisciplinaires et de nombreux partenaires. La modélisation conduite par Météo-France a permis de projeter les effets attendus des actions de végétalisation, de désimperméabilisation et d’évolution de l’albédo, trois leviers majeurs pour limiter l’effet d’îlot de chaleur urbain et améliorer le confort thermique. L’ambition fixée est de résorber 70 % des ICU forts et 84 % des ICU dits « de bascule », ces zones habituellement fraîches mais susceptibles de devenir plus chaudes que leur environnement lors des épisodes extrêmes. Pour atteindre ces objectifs à l’horizon 2050, la collectivité déploie des plans d’action annuels.

Pour conclure, comment qualifieriez-vous l’accompagnement proposé aux collectivités ?

Au travers de ses outils, de ses données météorologiques, climatiques et de ses études sur mesure, Météo-France se positionne aujourd’hui comme un véritable partenaire des collectivités et une aide à la décision face à un climat qui change. Qu’il s’agisse d’adapter la ville aux canicules, d’améliorer la gestion des ressources ou d’accompagner la transition énergétique, l’accès à une information climatique fiable et territorialisée est devenu un levier essentiel pour préparer les territoires aux évolutions futures.