Entretien avec Alice Bour, rédactrice et coordinatrice du service Plus fraîche ma ville.
Alice Bour, en quelques mots, pouvez-vous nous présenter le service Plus fraîche ma ville ?
La surchauffe urbaine est une réalité que vivent les collectivités, été après été. Selon la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC), la France hexagonale et la Corse doivent anticiper une hausse moyenne des températures de +4°C d’ici à 2100. L’effet d’îlot de chaleur urbain amplifie ce phénomène : la minéralisation des sols, l’imperméabilisation des surfaces et la densité du bâti empêchent la ville de se refroidir, y compris la nuit — privant ainsi habitants et travailleurs de toute récupération physiologique.
C’est dans ce contexte que Plus fraîche ma ville a été lancé à l’été 2023. Porté par l’ADEME en partenariat avec l’Association des Maires de France, ce service public numérique 100 % gratuit accompagne les collectivités dans la conception de projets de rafraîchissement urbain à la fois pérennes, durables et solides. Son objectif est d’accompagner les acteurs locaux dans la conception, la structuration et le portage de leurs projets et de susciter l’implication de l’ensemble des parties prenantes.
Co-construit avec plus de 600 agents et élus, Plus fraîche ma ville fédère aujourd’hui une communauté de plusieurs centaines de collectivités engagées.
Comment le service accompagne-t-il concrètement les collectivités ?
Plus fraîche ma ville permet aux collectivités d’aborder et de comprendre les enjeux du rafraîchissement urbain quels que soit leur niveau d’expérience ou de connaissance.
L’espace projet, réservé aux agents et élus, constitue le cœur opérationnel du service. Il facilite l’élaboration d’une feuille de route adaptée au territoire pour concevoir et structurer un projet de rafraîchissement urbain, en accompagnant chaque étape du projet :
- sélection de méthodes de diagnostic de surchauffe urbaine
- choix de solutions adaptées parmi plus de 45 propositions pérennes et durables ;
- calcul du coefficient de rafraîchissement urbain à l’échelle d’un espace ;
- estimations budgétaires selon les solutions techniques retenues ;
- projection des délais de mise en œuvre en se basant sur plus de 60 retours d’expérience ;
- recensement des aides financières et des aides en ingénierie mobilisables ;
- cartographie des collectivités porteuses de projets similaires.
La force du service réside dans sa capacité à accompagner les collectivités à chaque étape de la conception de leur projet : premières réflexions sur la surchauffe urbaine, priorisation des solutions, rédaction du cahier des charges, lancement des travaux ou évaluation des actions déjà mises en œuvre.
Pouvez-vous citer quelques exemples d’actions ou de projets facilités en Occitanie grâce à Plus fraîche ma ville ?
En Occitanie, l’ADEME a lancé en 2024 un Appel à Manifestation d’Intérêt adossé au service Plus fraîche ma ville. Dix-huit collectivités ont à ce titre bénéficié d’un accompagnement personnalisé, de webinaires thématiques dans le cadre d’une animation régionale structurée.
Plusieurs projets illustrent la plus-value de la démarche.
Le PETR du Val d’Adour a opté pour une approche intercommunale avec trois communes pilotes - Marciac (32), Plaisance (32) et Rabastens (81) - articulant enjeux de surchauffe et gestion de l’eau, avec un fort portage politique et une vision globale confirmée par un contrat local de santé. Ces communes souffraient de surchauffe urbaine due à leur tissu urbain dense et minéral. Le PETR a choisi des solutions d’adaptation fondées sur la nature pour rafraîchir les places centrales et ainsi améliorer le confort en été, période critique pour le tourisme notamment à Marciac. Grâce au dispositif, le PETR a pu acquérir les compétences nécessaires pour accompagner ces initiatives et renforcer la résilience urbaine sur son territoire.
Son représentant témoigne : « La démarche a permis de mobiliser les élus et le bureau d’études, en orientant plus clairement la commande sur les objectifs de rafraîchissement urbain. »
À Saint-Sulpice-la-Pointe (81), la commune a choisi de sélectionner plusieurs espaces représentant différents usages sur lesquels programmer des travaux de désimperméabilisation et de renaturation des lieux. Les usagers ont été sollicités pour permettre une évolution des espaces en fonction des usages actuels et futurs.
Le service Plus fraîche ma ville a permis de « mieux cadrer la partie chiffrage sur l’ensemble des projets ».

À L’Isle-Jourdain (32), un plan d’actions concrètes, co-construit avec les habitants, acteurs et élus, pour requalifier les espaces publics a été proposé à l’échelle du centre-ville. Les agents ont trouvé dans la plateforme « les bons outils, les bonnes personnes à qui s’adresser, les bonnes méthodologies ».
La commune de Valros (34) s’investit depuis longtemps dans l’adaptation contre le changement climatique et souhaite maintenir son exemplarité. Des actions prioritaires ont été définies : la réalisation d’un diagnostic des zones de surchauffe, la création d’un îlot de verdure au centre-ville, la désimperméabilisation des sols, et la rénovation thermique des bâtiments communaux.
Pour mener à bien ces projets, la commune avait besoin d’un accompagnement en ingénierie, formation et mise en relation pour assurer une mise en œuvre efficace et durable.
Pour cette commune, l’utilisation du service Plus fraîche ma ville « permet de légitimer les démarches engagées et les données produites, renforçant ainsi la crédibilité des projets portés ».
Quelles sont les clés de réussite pour les collectivités qui souhaitent s’engager avec Plus fraîche ma ville ?
L’expérience menée en Occitanie révèle plusieurs clés de réussite et enseignements structurants.
Le niveau d’expérience ou d’avancement des porteurs de projet est très variable, et c’est précisément l’un des atouts de Plus fraîche ma ville que de pouvoir s’y adapter. Certaines disposent déjà d’une stratégie avancée et cherchent à mieux intégrer les enjeux de surchauffe urbaine dans leur planification. D’autres abordent le sujet pour la première fois et ont besoin d’éléments de référence pour affiner leurs objectifs et, par exemple, identifier un site prioritaire à rafraîchir. Le service est conçu pour répondre à ces différentes situations.
Le portage politique constitue un facteur déterminant de réussite. Les projets qui progressent le plus rapidement vers la mise en œuvre sont ceux fondés sur une étroite collaboration entre élus et équipes techniques. Parce qu’il donne les clés de l’objectivation des données de surchauffe à l’échelle d’un espace ou d’un territoire, le service offre aux agents des arguments solides pour orienter les décideurs, légitimer les démarches et crédibiliser les projets à défendre.
Il convient de noter que la mise en œuvre de projets isolés est un écueil fréquent. Plus fraîche ma ville joue un rôle d’alerte et encourage les collectivités, notamment par la signature de Chartes du rafraîchissement urbain, à inscrire leurs projets dans une démarche territoriale globale de lutte contre la surchauffe.
Enfin, le service est complémentaire des dispositifs existants. Les collectivités déjà engagées dans des démarches TACCT, Petites Villes de Demain ou Bourg-Centre trouveront dans Plus fraîche ma ville une brique thématique opérationnelle permettant de traduire des orientations climatiques globales en actions concrètes.
Plus d’informations et création de projet sur plusfraichemaville.fr
Contact collectivité Plus fraîche ma ville : bettina@plusfraichemaville.fr
