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Un des enjeux de l’évolution vers des modes de vie plus sobres réside dans la diffusion de nouvelles façons d’habiter, de se déplacer, de se nourrir qui s’imposeraient progressivement comme de nouvelles normes sociales communes à tous.
Une étude de l’ADEME (2021) sur la sobriété territoriale a permis d’analyser le niveau de maturité des collectivités sur le sujet et d’identifier les principaux freins et leviers de la sobriété.
Trois freins essentiels ont été relevés :
• la sobriété reste « un tabou », elle est souvent associée à des contraintes supplémentaires pour la collectivité ou l’usager, voire à une image de décroissance très négative du type « retour à la bougie » ;
• les acteurs territoriaux considèrent encore la sobriété comme un frein au développement économique du territoire ;
• la sobriété suppose des changements de pratiques importants qui demandent du temps et de la concertation avec les citoyens pour être acceptés.

Pour dépasser ces obstacles et faire évoluer les territoires vers la sobriété, toutes les forces vives du territoire doivent être mobilisées. Car la sobriété s’impose à l’ensemble des acteurs de la société : les citoyens comme moteurs d’impulsion du changement, les entreprises comme acteurs économiques qui proposent des solutions efficaces aux citoyens, et les territoires comme garants de la transition qui accompagnent ces acteurs et les soutiennent en tant que coordinateur de la transition énergétique dans le cadre de leur plan climat.

 

Mettre en récit la sobriété est nécessaire pour améliorer sa visibilité et faciliter son appropriation

La transition vers des modes de vie plus sobres est une transition sociétale, culturelle et psychologique majeure qui requiert une vision politique forte et affirmée en amont pour donner un cap attractif et positif. L’affichage d’objectifs concrets et atteignables, comme par exemple « Zéro Déchets en 2030 », « Neutralité carbone en 2050 » ou « 100% d’énergie renouvelable locale en 2030 » permet de renforcer la mobilisation et la motivation en donnant des points de repère.

Une démarche de sobriété doit prendre en compte un ensemble de facteurs : sociologie des individus, héritage culturel, situation géographique, contexte économique, car toute démarche est contrainte par l’historique du territoire, par les orientations sociales et techniques du passé. C’est le résultat de ces choix successifs qui vont définir sa capacité à évoluer dans une direction ou une autre, et les modalités de cette évolution.

Bien que l’idée de sobriété émerge, et que les français commencent à adapter leurs comportements, les études et enquêtes réalisées affirment qu’il faut aller plus loin et faire évoluer les représentations sociaux culturelles : l’attachement à la propriété individuelle, le rapport au temps, à la mobilité, à l’accumulation matérielle.

Face à la prégnance d’une représentation négative ou d’une méconnaissance de la sobriété, ainsi qu’à une culture de la (sur-)consommation, la mise en récit de la sobriété apparaît nécessaire, dans l’objectif de construire un imaginaire de société. Cette société imaginée peut valoriser la convivialité et le lien social, ou l’autonomie par acquisition de savoir-faire.
Les pratiques de sobriété peuvent être associées à une notion d’identité collective, comme cela est le cas dans les éco-lieux, où la pratique de la sobriété est au cœur d’une nouvelle culture de « l’habiter », construite collectivement. Elle est fortement liée à l’association des populations dans la construction des actions de sobriété. Cette participation leur permet de s’approprier la notion.

La sensibilisation des publics et la communication sont aussi des enjeux importants des politiques de sobriété.
La sensibilisation nécessite des outils à déployer au service de la conscientisation des citoyens, que ce soit par exemple sur les déplacements motorisés réalisés et leurs impacts, ou sur les enjeux liés à la surconsommation des ressources et au dérèglement climatique. Le discours employé doit souligner l’urgence du changement de comportement et mettre en avant les conséquences d’un « laissez-faire » aux échelles globale, nationale, et locale.
L’approche doit être pédagogique, le discours proposé doit reconnaître les contraintes matérielles, mais aussi valoriser les opportunités matérielles (économies financières, gain de place…), sociales (lien social, rencontres, solidarité), sanitaires (pollution) et écologiques, associées au changement de comportement et les intégrer dans l’argumentaire pour défendre une approche plus pragmatique, adaptée au contexte territorial et ancrée dans les réalités socio-économiques des populations.

Au-delà de la communication, la démarche territoriale de sobriété doit être mise en débat pour une meilleure acceptabilité et appropriation par tous les acteurs.

Pour faciliter cette prise de conscience autour de la notion de sobriété, des solutions existent :

  • diffuser une représentation culturelle positive de la sobriété, la mettre en récit ;
  • partager des retours d’expériences ;
  • montrer par l’exemple ses bénéfices et la faisabilité des solutions existantes (voir notre article Comment modifier la représentation sociale de la sobriété pour la rendre désirable ?) ;
  • valoriser les initiatives et les engagements, notamment la participation citoyenne aux actions de la collectivité ;
  • diffuser les solutions individuelles et collectives ;
  • renforcer la connaissance générale et technique parmi la population : par exemple mettre les habitants en capacité de réparer.

Un exemple : l’extinction de l’éclairage public. Cette action de sobriété énergétique permet aussi de réaliser des économies financières, et de protéger la biodiversité nocturne. Mais sa mise en œuvre entraine parfois des tensions avec les riverains (notamment autour de l’insécurité) . La mise en place de méthodes de conduite du changement auprès des citoyens est dans ce cas indispensable pour faciliter l’acceptation sociale de cette mesure. Une des solutions à prioriser est le partage de retours d’expériences puisque de nombreuses collectivités d’Occitanie ont déjà adopté cette pratique.

 

La sobriété est perçue différemment selon les publics, la collectivité devra adapter son approche au public visé

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Compte-tenu de la diversité des publics ciblés sur le territoire, il est nécessaire de développer un argumentaire adapté à chacun d’entre eux :

  • les élus (pour lesquels l’appropriation de l’approche « sobriété » est déterminante pour l’engagement de la collectivité),
  • le grand public, dont les populations en situation de précarité,
  • les acteurs économiques (commerçants, industriels, acteurs de l’économie sociale et solidaire, professionnels de la construction…),
  • les associations motrices sur le sujet,
  • le milieu scolaire et universitaire.

Les degrés de sensibilité, les gestes à réaliser et les leviers sur lesquels agir sont différents pour chacun des groupes sociaux. Un ménage en situation de précarité énergétique ne sera pas concerné de la même façon qu’un ménage ordinaire par un programme de réduction des températures à l’intérieur de son logement.
La collectivité devra adapter son action aux profils visés. Il s’agit de prendre en compte les différents points de vue et de mener des actions équitables et reconnaissantes de l’implication des différents publics.
Par exemple, des ménages en situation de précarité ou des jeunes avec de faibles ressources sont dans une logique économique, leurs attentes se concentrent sur la réduction de la facture en euros.
Des publics engagés dans des démarches environnementales sont plus réceptifs à une approche écologique. Dans leur cas, la réduction des consommations énergétiques est une action parmi d’autres comme le tri des déchets, les économies d’eau, la mobilité douce. Les économies d’énergie réalisées à titre individuel ont une finalité collective de préservation de l’environnement.

Pour les publics précaires, évoquer la sobriété de partage peut être un message porteur. La sobriété de partage permet d’apporter des solutions pour faire des économies d’énergie tout en gardant l’accès à un certain niveau de confort, voire de l’améliorer. Ce nouveau concept se traduit par le développement récent de nombreuses solutions coopératives pour répondre aux différents besoins du quotidien : dans le domaine de l’agriculture et de l’alimentation (Jardins partagés, achats groupés aux producteurs tels que les réseaux AMAP, Cocagne ou la Ruche, etc.) ; dans le bâtiment (logements collectifs et habitats participatifs, tiers-lieux, etc.) ; dans la mobilité (transports en commun, auto-partage, covoiturage, vélo libre-service) et dans les biens matériels (services de location professionnels ou entre particuliers, de revente, d’échanges, de dons, ateliers participatifs de fabrication, de réparation et de recyclage…)

D’autres supports de communication peuvent être mobilisés en fonction des publics :

  • les enjeux de la sobriété à l’échelle mondiale, nationale, locale (notamment l’urgence du changement de pratiques) ;
  • quelques exemples des conséquences négatives de l’ébriété énergétique dans laquelle nos sociétés vivent ;
  • l’exemplarité (dont celle de la collectivité) ;
  • le potentiel de créations d’emplois, suscité par le changement de modèle économique ;
  • le niveau de contribution à l’évolution du territoire ;
  • les solutions de sobriété existantes ;
  • les retours d’expérience, la valorisation des initiatives existantes sur le territoire.