La Région Occitanie est exposée à l’ensemble des principaux aléas climatiques : inondations, ruissellements, sécheresses, mouvements de terrain, tarissement des ressources en eau et retrait gonflement des argiles. Elle subit aussi une intensification des vagues de chaleur et une hausse du risque d’incendies, tandis que son littoral fait face à l’élévation du niveau de la mer et à la submersion marine.
Cette combinaison de risques majeurs renforce la vulnérabilité des territoires et exige des actions d’adaptation pensées en fonction du contexte local.
Le 3e plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC) est fondé sur une trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC) qui sert de référence pour préparer l’ensemble des secteurs de la société, à vivre, travailler, se déplacer dans une France à +2°C en 2030, +2,7°C en 2050 et +4°C en 2100.
Les collectivités peuvent activer des leviers d’adaptation en réponse aux impacts locaux du changement climatique
Le changement climatique modifie les régimes hydrologiques des cours d’eau et contribue à accentuer la fréquence et l’ampleur des inondations, l’érosion des sols et aussi à la diminution des débits des cours d’eau avec des étiages plus sévères et plus fréquents.
Les collectivités peuvent favoriser le ralentissement du cycle de l’eau en limitant le ruissellement dans les zones agricoles et artificialisées, et en favorisant l’infiltration de l’eau dans les sols et la recharge des nappes.
Cela passe notamment par des actions telles que la désimperméabilisation des sols, l’intégration d’objectifs de réduction de la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers (ENAF) dans les documents d’urbanisme, ainsi que la préservation et la restauration des milieux aquatiques. Ces milieux jouent un rôle essentiel de zone tampon en cas d’inondation.
Les collectivités peuvent mobiliser leurs compétences GEMAPI et des outils réglementaires comme le PPRi ou l’intégration des zones d’expansion des crues dans les documents d’urbanisme pour encadrer ces actions.
Elles peuvent également soutenir les pratiques agroécologiques, telles que la plantation de haies, la couverture des sols nus ou encore la création de bandes enherbées, qui contribuent à réduire le ruissellement et à améliorer l’infiltration de l’eau
À Réquista, dans l’Aveyron, la désimperméabilisation des places du village et la création d’une noue paysagère ont permis de limiter le ruissellement des eaux et le risque inondation tout en diminuant les effets d’ îlots de chaleur.
Le Syndicat Mixte du Bassin Versant Tarn Amont a restauré la qualité morphologique et écologique du Cernon et de ses milieux naturels associés pour réduire sa vulnérabilité locale.
A Lavérune, dans l’Hérault, une prairie alluviale a été restaurée.
Le département de l’Aude a mené une opération de restauration hydromorphologique de ses rivières pour lutter contre les inondations, améliorer les services écosystémiques et rendre les rivières plus résilientes.
Les infrastructures d’adduction d’eau potable et d’assainissement sont aussi vulnérables au changement climatique. En période d’étiage la diminution des ressources en eau conjuguée à une augmentation des besoins contribue à la dégradation de la qualité de l’eau. Par ailleurs l’évolution du régime des précipitations (épisodes pluvieux plus intenses et plus irréguliers), peuvent entraîner des dysfonctionnements des infrastructures d’assainissement et des stations d’épuration. Les collectivités peuvent agir à leur niveau en réduisant les fuites des réseaux et en améliorant la gestion des eaux pluviales urbaines notamment par de la désimperméabilisation.
D’autres risques, comme le retrait gonflement des argiles (RGA) ou les éboulements et glissements de terrain, sont plus difficiles à anticiper en raison d’un manque de connaissances et de retours d’expérience territoriaux. Pour le RGA, les collectivités peuvent néanmoins informer les habitants, intégrer des recommandations spécifiques dans leurs documents d’urbanisme (gestion de la végétation, infiltration de l’eau, hauteur des constructions), protéger leurs bâtiments publics, mener des études de vulnérabilité ou mobiliser des aides locales aux travaux.
Concernant les mouvements de terrain en zones de montagne, les solutions fondées sur la nature (SfN) — notamment la gestion durable des forêts — sont particulièrement pertinentes : un massif forestier en bon état, doté d’un couvert végétal diversifié et d’un enracinement profond, peut parfois prévenir les éboulements et stabiliser les versants plus efficacement que certains ouvrages techniques. Les collectivités peuvent compléter ces approches naturelles par des dispositifs de surveillance, des travaux de prévention et un entretien adapté des forêts.
Enfin un levier essentiel repose sur la planification locale et l’aménagement opérationnel.
Les collectivités doivent veiller à la cohérence entre les ressources en eau disponibles, la qualité des milieux et le développement territorial à travers leurs documents d’urbanisme. Elles peuvent également porter ou contribuer à des démarches telles que les projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE), la mise en œuvre des SAGE, la protection des captages ou encore la promotion de la sobriété en eau via la sensibilisation, l’optimisation des usages publics dans les espaces verts et les bâtiments, la tarification incitative ou des études sur les volumes prélevables et leur répartition par catégorie d’usagers, …
La commune de Gruissan illustre cette dynamique en réutilisant ses eaux usées traitées pour irriguer terres agricoles et vignobles.
Un autre impact majeur du changement climatique est l’élévation des températures, accompagnée d’une multiplication des vagues de chaleur. Là encore, les collectivités disposent de nombreux leviers pour protéger leur territoire et leurs habitants.
La renaturation des espaces urbains constitue un levier essentiel : végétaliser les rues et les places, créer des zones d’ombre ou désimperméabiliser les sols permet de réduire efficacement l’îlot de chaleur urbain et de restaurer des îlots de fraîcheur en ville tout en créant du bien-être (cf. la règle des 3-30-300 imaginée par le chercheur néerlandais Cecil Konijnendijk pour améliorer la qualité de vie et le bien-être : chaque habitant devrait voir 3 arbres depuis son domicile, son quartier devrait contenir 30 % de végétation, et résider à 300 mètres d’un parc ou d’un jardin.)
La rénovation et la construction de bâtiments sont une opportunité pour intégrer dès la conception le confort d’été. Les collectivités peuvent faciliter cette adaptation en soutenant financièrement les travaux, en renforçant les structures locales de conseil et en communicant sur les bons gestes permettant de maintenir les logements frais.
Elles jouent également un rôle clé dans la protection des publics vulnérables (personnes âgées, ménages précaires, malades). Les identifier, développer des dispositifs d’accueil, proposer des lieux de rafraîchissement et adapter les solutions d’hébergement sont autant d’actions permettant de réduire les impacts sanitaires des fortes chaleurs sur ces publics fragiles.
Pour répondre durablement au besoin de rafraîchissement, les collectivités sont encouragées à privilégier les solutions naturelles et sobres en énergie. Dans les opérations d’aménagement, le développement de réseaux de froid ou de solutions de geocooling peut s’avérer pertinent lorsque les conditions locales le permettent. Les documents d’urbanisme, et notamment le PLU, peuvent également intégrer des orientations spécifiques en matière de rafraîchissement pour guider l’adaptation du territoire.
À Saint Michel de Lanès (Aude), un projet de rénovation urbaine a permis d’expérimenter une végétalisation innovante : les façades des rues ont été habillées de plantes grimpantes. Au-delà de l’embellissement, cette solution améliore le confort thermique, s’adapte aux spécificités climatiques du secteur et contribue à une gestion plus raisonnée de l’eau.
Rodez Agglomération déploie des actions pour réduire la vulnérabilité du territoire et préserver la santé des populations face à l’augmentation des températures, dans le cadre de la lutte contre les effets d’îlots de chaleur urbains.
En Occitanie, le changement climatique accentue deux autres phénomènes majeurs menaçant les littoraux : l’érosion côtière et les submersions marines temporaires. Ces dynamiques qui mettent en danger les habitations, les activités économiques et les infrastructures, seront aggravées par la montée de la mer liée au réchauffement des eaux et à la fonte des glaciers. La montée de la mer accroitra également le risque de salinisation des lagunes, des sols et aquifères côtiers, pouvant rendre certains captages d’eau potable inexploités.
Pour faire face à ces évolutions, les collectivités littorales doivent intégrer l’élévation du niveau de la mer dans leurs projets de territoire. Plusieurs leviers d’action s’offrent à elles :
• Élaborer des cartes locales d’exposition au recul du trait de côte et les intégrer dans les documents de planification territoriale.
• Adapter progressivement les infrastructures et équipements publics, afin d’anticiper leur vulnérabilité future.
• Développer des stratégies locales de gestion intégrée du trait de côte, incluant des démarches foncières pour préparer la relocalisation de biens et d’activités exposées.
• Restaurer les écosystèmes côtiers, véritables boucliers naturels contre les vagues et l’érosion.
• Mettre en place des PAPI (Programmes d’Actions de Prévention des Inondations) et des Projets Partenariaux d’Aménagement pour structurer les actions à l’échelle territoriale.
Certaines communes expérimentent déjà ces approches.
Au Grau du Roi, un second cordon dunaire a été créé, accompagné d’une végétalisation et d’une renaturation des abords, renforçant la protection du littoral tout en préservant la biodiversité.
Les collectivités peuvent aussi identifier des leviers d’adaptation qui privilégient une approche systémique
Les politiques d’adaptation passent également par des démarches territoriales systémiques. Cette méthode permet d’appréhender les impacts du changement climatique sur l’économie locale, le patrimoine naturel et culturel, et les services publics et d’identifier des solutions adaptées aux spécificités et contraintes locales.
Par exemple dans les zones littorales et de montagne, le changement climatique modifie fortement les conditions naturelles (neige, érosion, canicules…). Pour rester attractif, le secteur touristique doit donc évoluer : diversification des activités, tourisme “4 saisons”, adaptation de l’offre d’hébergement et des mobilités en fonction de la nouvelle répartition des flux touristiques.
Dans le cadre d’un projet partenarial d’aménagement, Sète agglopôle Méditerranée appréhende les impacts du recul du trait de côte aussi bien sociaux qu’économiques, industriels ou environnementaux, et y associe largement habitants et usagers du littoral.
Le changement climatique engendre une augmentation des risques naturels qui pèsent sur la vulnérabilité des infrastructures de transports. Les collectivités, en tant que gestionnaires de voiries ou autorités organisatrices des mobilités, peuvent contribuer au renforcement de la connaissance de l’état du réseau d’infrastructures de transports et de ses points de vulnérabilité et à l’élaboration d’un diagnostic partagé. Elles ont aussi un rôle à jouer dans l’aménagement de leur territoire en veillant à la résilience des infrastructures dont elles ont la charge ainsi qu’au confort thermique pour les usagers qui empruntent les transports collectifs et les mobilités douces.
Au-delà du maintien des services publics essentiels (infrastructures de transport, réseau d’eau), les collectivités jouent un rôle dans la protection des personnes par le renforcement de la résilience des services de santé et la préparation des services de secours
Le secteur agricole subit aussi les conséquences du changement climatique : évolution des dates de récolte, baisse des rendements, augmentation des risques de gel tardif, des risques de sécheresse des sols, nouvelles maladies, etc. et doit engager une transition : adaptation des cultures, pratiques agroécologiques, sobriété dans l’utilisation de la ressource en eau, préservation des sols. Les collectivités peuvent accompagner ce secteur à travers des paiements pour services environnementaux, la préservation des terres agricoles via la planification territoriale (PLU, SCOT)…
La pêche et l’aquaculture doivent elles aussi évoluer pour rester viables tout en préservant les écosystèmes aquatiques : diversification des pratiques vers des modèles plus durable, développement de filières de pêche responsable, mise en place d’une planification spatiale adaptée des sites aquacoles. Des démarches scientifiques sont en cours sur l’adaptation de certaines filières aquacoles au changement climatique (étang de Thau).
Les collectivités peuvent accompagner et soutenir ces adaptations en partenariat avec les structures et filières concernées.
Par exemple,
La commune de Miélan soutient l’innovation agricole en accompagnant les agriculteurs à diversifier leurs cultures pour êtes plus robustes face aux effets du changement climatique.
La commune de Laguiole (12) s’est engagé dans un projet de développement d’un tourisme 4 saisons autour des stations de ski en partenariat avec le Parc Naturel Régional de l’Aubrac.
Concernant le patrimoine naturel et culturel, les écosystèmes forestiers jouent un rôle essentiel de protection contre l’érosion des sols, les inondations et les risques naturels. Pour préserver leur multifonctionnalité et leur résilience, plusieurs actions peuvent être mises en œuvre : planter de nouvelles forêts sur les terrains publics, sensibiliser les propriétaires privés à une gestion forestière durable, encourager l’agroécologie et l’écopastoralisme pour entretenir les milieux.
Il est aussi nécessaire de maintenir des écosystèmes naturels et des continuités écologiques fonctionnels, capables de résister aux effets du climat et de continuer à fournir leurs services écologiques.
Le Parc National des Cévennes avec son projet Natur’Adapt intègre les enjeux climatiques dans la gestion de ses espaces naturels.
La préservation passe aussi par la lutte contre les espèces exotiques envahissantes, dont la progression, accélérée par le changement climatique, menace fortement la biodiversité.
Le changement climatique mais aussi les actions d’adaptation mises en place vont modifier les paysages. Les collectivités gagneraient à placer la réflexion paysagère au cœur des décisions et à l’intégrer dans les documents de planification territoriale pour toucher la sensibilité des citoyens et faciliter l’acceptabilité des changements.
Le Parc Naturel Régional des Pyrénées Ariégeoises, via son Plan de Paysage, illustre cette démarche en proposant des actions concrètes et cohérentes pour répondre aux enjeux climatiques, énergétiques et sociaux.
